Farid Benassine, président du syndicat national des ambulanciers Farid Benassine, président du syndicat national des ambulanciers
28/10/2011

Conditions de travail : "Il faut arrêter de tirer sur l'ambulance !"

Les ambulanciers dépendent de la convention collective du transport routier, mais la spécificité de leur métier leur impose des obligations qui mettent à mal leurs conditions de travail. Farid Benassine, secrétaire général du syndicat national des ambulanciers (Synaps) nous décrit la réalité du travail, le risque routier généralisé et le mal-être de cette profession.
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En 20 ans, la profession s'est complètement transformée, "quand j'ai commencé il y a 26 ans, la forme artisanale constituait 96% des entreprises. Aujourd'hui il y a 8% d'employeurs et 92% de salariés" explique Farid Benassine. Et c'est là une différence majeure. "On nous parle de TPE et de PME mais en réalité, aujourd'hui ce sont des groupements régionaux et nationaux qui tiennent le marché, le structurent et emploient le personnel.

Des groupements pour améliorer la productivité

"Grâce au regroupement, on ne revient plus à vide. Quand on fait un long trajet de 100 km par exemple, on nous trouve quelqu'un à prendre en charge pour optimiser nos déplacements. C'est plus économique c'est sûr, mais les conditions de travail en pâtissent. Ainsi, lorsque vous faites un Poitiers-Orléans, vous pouvez être amené à rester quelques heures à Orléans, le temps de trouver un retour en charge, même partiel. Les journées de travail s'allongent alors régulièrement. Et ce sans aucune planification possible. La vie de famille, dans ces conditions c'est moins évident", poursuit le syndicaliste.

"La sécurité routière, ça n'existe pas !"

"Dans notre profession la sécurité routière ça n'existe pas... Aujourd'hui les textes eux-mêmes nous autorisent à rouler 12h voire 15h avec seulement 2h de pause... On roule plus que les routiers avec moins de pause et tout ça est validé par des textes de loi qui s'empilent et se contredisent parfois", témoigne-t-il. "Sans compter les nouveaux modes de communication et de surveillance incarné dans une petite machine nommée PDA. Le boîtier vous accompagne partout, calcul votre temps de parcours au plus court, vous appelle constamment pour vous donner les missions, vous rappeler que vous êtes en retard et le tout en boucle !" Les PDA ne sont pas pensés pour une utilisation pendant la conduite, si bien que "pour lire les informations transmises, il faut souvent s'arrêter ou... le faire en roulant ! Le véritable miracle de cette profession tient dans le fait qu'il y ait si peu d'accidents." conclut-il.

Des pauses ? Quand il y en a !
"Sous prétexte que l'on transporte des personnes malades, nos pauses sont régulièrement "oubliées". Alors que les transporteurs routiers doivent, obligatoirement s'arrêter 45 minutes au bout de 4h30 de conduite (ou 3 fois 15 minutes), nous, nous pouvons enchaîner 6h d'affilée. Et si bien sûr parfois, c'est réellement afin d'assurer notre mission, la plupart du temps, c'est juste une question d'organisation. Mais il n'y a aucune volonté patronale d'organiser le travail convenablement. Il m'est arrivé de râler juste pour obtenir une pause "pipi" !". Quant au dépassement de l'amplitude de travail, c'est la même histoire. On n'hésite pas à donner une nouvelle mission à un conducteur qui a commencé sa journée il y a plus de 12h... Ce qui est d'ailleurs contraire à la législation."


"La seule profession payée moins chère la nuit que le jour..."

Les textes de loi gérant la profession des ambulanciers sont effectivement très défavorables. Ainsi, si la convention collective des salariés est celle du transport routier, pour autant, c'est un service sanitaire qui est soumis à des gardes obligatoires définit par les préfectures. La rémunération s'appuie habituellement sur le temps de travail effectif. Dans le cas des transporteurs routiers, la rémunération est calculée sur un pourcentage du temps de présence. Pour les ambulanciers, il est prévu une rémunération à hauteur de 86% du temps de présence de jour et 75% pour les permanences nuits, samedis, dimanches et jours fériés. "Le jeu bien sûr est de faire travailler le personnel de garde autant que la journée mais payés seulement à 75% !" s'insurge Farid Benassine.

"Un contrôle du temps de conduite inexistant"

Afin de contrôler le temps de conduite, de repos etc. les ambulanciers remplissent une feuille de route hebodmadaire. "Le nouveau modèle de 2009 ne permet plus de décompter les temps de coupures, de conduite, les pauses et autres travaux contrairement à la version de 2000. Si bien qu'un inspecteur du travail ou un représentant des forces de l'ordre ne peut vérifier cette conformité à la loi !" précise Farid Benassine. "Et je ne connais pas de véhicules équipés de chrono-tachygraphe comme pour les routiers" ajoute-t-il.

Des pressions multiples et très fortes

"Dans notre métier, il faut résister à toutes sortes de pressions, celles des patients, du régulateur, de votre employeur... Il n'est pas rare d'entendre quand un chauffeur hérite d'une contravention pour excès de vitesse [qu'il paye de sa poche], je ne vous ai pas demandé de rouler plus vite, mais d'arriver à l'heure ! Une façon bien sybilline de se couvrir pour les employeurs. Sans compter une représentation des salariés quasi-inexistante. Autant dire que la prévention des risques professionnels dans nos métiers, cela n'existe pas. Je ne vous parle pas de l'état de certains véhicules par exemple." Ces conditions de travail dégradée explique le turn-over très important de la profession. Les salariés fuyant vers d'autres métiers au bout de 3 à 5 ans en moyenne.

Les prud'hommes redonnent un peu d'espoir

Il y a une dizaine de jours, la cote d'espoir de la profession est cependant remontée. "Une décision d'un conseil de prud'hommes vient de déclarer que la réglementation du temps de travail des ambulanciers telle que fixée par la CCN et l'arrêté du 4 mai 2000 est contraire à la directive CE 2003/88 relative au temps de travail ! Enfin un argument juridique clair pour faire évoluer nos statuts" déclare le syndicaliste. Reste à attendre que cette décision soit transformée dans les textes de loi...


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