Chronique

Hervé Rabec : "Les services de santé au travail sont les alliés des entreprises"

"Ne tirez pas sur les services de santé au travail : ce sont vos alliés dans votre stratégie de qualité de vie au travail et de maîtrise de l’absentéisme", plaide Hervé Rabec, directeur du Sest, un SSTI d'Île-de-France, réagissant dans cette tribune à la réforme qui se dessine, sur la base du rapport Lecocq. "Ils méritent, certes, d’être réformés", concède-t-il. "Mais l’étatisation portée par ce projet est un contresens historique."

Hervé Rabec est directeur général du Sest (service aux entreprises pour la santé au travail), un service de santé au travail interentreprises dont le rayon d'action s'étend sur les quatre départements des Hauts-de-Seine, de Paris, de l'Essonne et du Val-de-Marne.

Le Sest compte 6 500 entreprises adhérentes pour 102 000 salariés suivis.

 

Ne tirez pas sur les services de santé au travail : ce sont vos alliés dans votre stratégie de qualité de vie au travail et de maîtrise de l’absentéisme. Ils méritent, certes, d’être réformés : de ce point de vue, certaines des pistes esquissées par le rapport Lecocq sont intéressantes. Mais l’étatisation portée par ce projet est un contresens historique.

Dans son rapport remis au Premier ministre en août dernier, la députée Charlotte Lecocq livre un bon diagnostic : la politique de santé au travail doit être repensée, dynamisée et raccordée aux objectifs de performances économiques et sociales des entreprises. L’offre de services doit être mieux organisée et simplifiée afin d’être plus accessible et plus lisible pour les employeurs aussi bien que pour les salariés.

En revanche, les moyens proposés pour y parvenir ont de quoi surprendre : le regroupement de tous les services de santé au travail sous une instance unique, avec un tarif unique, ressemble à une étatisation pure et simple.

Le rapport n’apporte pas de solutions aux véritables problèmes des services de santé au travail :

  • Une mauvaise répartition territoriale : dans certains départements, il n’existe qu’un SSTI qui se trouve de facto en situation de monopole ; dans d’autres, le champ d’action des SSTI est arbitrairement limité à une zone géographique précise, empêchant une entreprise de contracter avec le service de son choix au prétexte qu’il se trouve – parfois à 20 m près ! – hors de sa zone d’agrément. La concurrence mériterait d’être mieux organisée au niveau régional, par exemple.
  • Les services de l’État passent beaucoup trop de temps à accorder et gérer l’agrément des SSTI : ce temps serait nettement plus profitable s’il était destiné à établir des conventions d’objectifs et de moyens avec les opérateurs de santé au travail et à contrôler le respect de ces conventions.
  • Les SSTI doivent accompagner les mutations technologiques de la médecine : l’accès au Dossier médical partagé (DMP) et l’automatisation de la prise de rendez-vous et des suivis médicaux permettraient aux 1 000 médecins des SSTI de se recentrer sur leur cœur de métier.

Les entreprises commencent à prendre conscience du coût de la "non-santé" au travail : absentéisme, accidents du travail et maladies professionnelles, climat social… Certaines sont prêtes à engager de véritables stratégies de prévention : une grande entreprise du CAC 40 vient ainsi de nous confier le suivi de la santé de plus de 7 000 collaborateurs avec un système de tarification lié à nos performances en termes de prévention, de qualité de vie et de santé au travail. Ce type de contrat serait impossible à mettre en place dans le système de tarif unique proposé par le rapport Lecocq.

Il est pourtant cohérent avec les objectifs. La preuve : tous les organismes de complémentaire santé et prévoyance investissent aujourd’hui le champ de la prévention et de la qualité de vie au travail. L’étatisation de la santé au travail serait une façon de leur laisser le champ libre tout en donnant naissance à un nouveau "mammouth" impossible à piloter au plan national, tout en établissant un management éloigné de la vie quotidienne des médecins, des salariés et des entreprises.

Ecrit par
Hervé Rabec